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 La mécanique orange, 1ère et 2ème parties.

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Fritz
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Date d'inscription : 24/09/2005

MessageSujet: La mécanique orange, 1ère et 2ème parties.   Dim 26 Mar 2006 - 4:32



La mécanique orange

1ère partie



Il y a un peu plus d’un an, la victoire très médiatisée de la « Révolution orange » ukrainienne fermait le chapitre du régime du président Koutchma, et les foules pleines d’espoir de la place Maïdan rêvaient d’une rupture radicale. Mais la belle unisson orange de décembre 2004 n’a pas résisté aux rivalités personnelles, que l’imminence des élections législatives du mois prochain ne fait que rendre encore plus virulentes.


Conte de fées.


Depuis plus d’un an, les confins de l’ex-Union Soviétique voient surgir, ici et là, de vibrantes « Révolutions de couleurs » : Révolution orange en Ukraine, Révolution des roses en Géorgie, des Tulipes au Kirghizstan. Toutes répètent la même antienne : se désarrimer de Moscou et mettre sur la touche les ex-apparatchiks soviétiques.

En Ukraine, l’apparatchik, c’était Léonid Koutchma. Elu président de la République le 10 juillet 1994 après trente-quatre ans passés au parti communiste, il abandonne le pouvoir politique au bout d’un règne de dix années, à l’issue de trois mois de bras de fer électoral entre son dauphin, Viktor Ianoukovitch, et une nouvelle génération politique incarnée par Viktor Iioutchenko, vainqueur des élections présidentielles, et par son nouveau Premier Ministre, Ioulia Timochenko, estampillée « passionaria » par les médias occidentaux. En décembre 2004, à Kiev et ailleurs en Ukraine, la victoire des « héros » de la « Révolution orange » déclenche des vagues d’acclamations qui déferlent sur les écrans de télévision du monde entier.

Mais que veulent les foules de manifestants de la place Maïdan ? Les motivations sont hétéroclites. Si nombre de mécontents ont voté orange dans l’espoir d’un décollage économique, d’autres, plus politiques, souhaitent en finir avec un chef de l’Etat autocrate, corrupteur, compromis avec Moscou. Pour ne rien arranger, le Président Koutchma est soupçonné d’avoir commandité le meurtre surréaliste du journaliste d’opposition Guéorgui Gongadzé, assassiné en septembre 2000, et dont plusieurs morceaux du corps ont circulé entre morgues et médecins légistes. Les Ukrainiens, fatigués, demandent la démocratie, l’indépendance et du pain.

Depuis ces nuits d’espoir, plus d’un an a passé. De nouvelles élections, législatives celles-là, auront lieu dimanche 26 mars 2006. Elles auront valeur de bilan du pouvoir du « couple le plus médiatique de l’année 2004 ». A la veille de l’échéance, que reste-t-il du quasi-conte de fées dans lequel les forces de la Liberté et de la Démocratie ont triomphé de l’obscurantisme ? Que reste-t-il du statut d’icônes du visage du Président « déformé par la dioxine », et de la frimousse lumineuse de la « Jeanne d’Arc ukrainienne » ?

Un choix déchirant.

Lorsque le 4 février 2005, Ioulia Timochenko voit sa nomination au poste de Premier Ministre entérinée à une large majorité par la Rada, le Parlement ukrainien, peu d’électeurs savent que le conte de fées n’est déjà plus d’actualité. Car en coulisses, le nouveau chef de l’Etat ne veut pas de la « passionaria » comme Premier Ministre. Pourtant, celle-ci ne manque ni d’expérience des affaires ni de poids politique : elle est la fondatrice, au début des années 90, de la KUB, la Korporatsiya Oukrainski Benzin (Compagnie ukrainienne de l’essence), qui devait se métamorphoser, au milieu de la décennie, en Système Energétique Unifié, sous l’aile du puissant oligarque Pavel Lazarenko, lui-même Premier Ministre de Léonid Koutchma de 1996 à 1997. Les années passées à la tête du Système Energétique Unifié, au cours desquelles Ioulia Timochenko a cherché à acquérir le monopole de l’importation du gaz russe en Ukraine, au point de représenter – selon les sources – entre 20 et 30 % de l’économie du pays, lui ont valu le qualificatif de « princesse du gaz ». En 1999 , elle est Vice-Premier Ministre en charge de l’énergie dans le gouvernement Ioutchenko. C’est elle qui réussira à échafauder la coalition « Notre Ukraine » du nouveau Président, en y tassant des groupes politiques sans homogénéité. Son curriculum vitae n’est donc pas à prendre à la légère.

C’est pourtant à un puissant oligarque que va la préférence présidentielle : Petro Porochenko, bras droit du vainqueur des élections, financier de la coalition. Il est l’un des hommes d'affaires les plus prospères de l'opposition. Il est à la tête d’un empire industriel et d'investissement qui englobe une cinquantaine de sociétés, dont les plus importantes confiseries d’Ukraine - qui lui ont valu le surnom de « roi du chocolat ». Qui plus est, il est pressenti pour le poste de secrétaire du puissant Conseil National de Sécurité et de Défense – le CNSD - qui coordonne et contrôle l’action du pouvoir exécutif dans les domaines de la sécurité et de la défense. Last but not least, Petro Porochenko est propriétaire de la chaîne de télévision Kanal 5, le média historique de la Révolution orange.

Pourquoi Porochenko plutôt que Timochenko ? A vrai dire, le poste de Premier Ministre n’est une fin en soi pour aucun des deux candidats au titre. C’est parce que le véritable enjeu est ailleurs que l’homme du président part favori. L’enjeu, c’est le contrôle des ressources économiques de l’Ukraine, au premier plan desquelles son industrie métallurgique, dont les deux fleurons sont les groupes Krivorojstal et NZF (Nikopolskiy Ferosplavniy Zavod, ou « Industries des ferro-alliages de Nikopol »), plus connue en Occident sous le nom de Nikopol. Krivorojstal, géant de la métallurgie, est en Ukraine tout un symbole, car sa reprivatisation est l’une des promesses-slogans de la Révolution orange. Du temps de Koutchma, il a été bradé à deux oligarques : Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche d’Ukraine, et Viktor Pintchouk, gendre du président sortant. Rinat Akhmetov contrôle l'économie du bassin minier du Donbass. Il fait partie du clan de Donetsk, du nom du grand port fluvial ukrainien. Quant à Viktor Pintchouk, également propriétaire de Nikopol, il appartient au clan de Dniépropétrovsk, la plus grande ville de l’est.

Sur ces sujets vitaux, Petro Porochenko est lié avec des hommes d’affaires russes : Viktor Vekselberg, directeur général de la société Renova, et Alexandre Abramov, propriétaire de la société Iévraz Holding, à qui Viktor Pintchouk est prêt à vendre Nikopol. Nikopol, très fortement convoité par le groupe ukrainien Privat d’Igor Kolomoïski, le principal appui… de Ioulia Timochenko. Petro Porochenko a une autre tentacule : Alexeï Ivtchenko, PDG de Naftogaz Oukraïni, la compagnie nationale ukrainienne du gaz et du pétrole, ennemi personnel de la « princesse du gaz » dépouillée de son empire par Léonid Koutchma, à qui la « passionaria » voue une haine inextinguible.

Car c’est bien l’ancien président qui a fait déraper la carrière météorique de Ioulia Timochenko, après avoir pris ombrage de la toute-puissance qu’elle avait acquise sur les ressources énergétiques du pays. Elle a été provisoirement arrêtée en janvier 2001 par la justice ukrainienne pour contrebande de gaz russe à hauteur de trois milliards de mètres cube, puis purement et simplement limogée de son poste de vice-Premier Ministre en charge de l’Energie. Rapidement sortie de prison, elle a été en juillet suivant accusée par la justice russe d’avoir versé des pots-de-vin à des officiers supérieurs de l’armée russe afin de vendre à cette dernière du matériel surfacturé et jamais livré, l’argent ainsi gagné servant à rembourser du gaz russe impayé fourni au Système Energétique Unifié. Le dossier était monté jusqu’au siège d’Interpol à Lyon, qui allait émettre un mandat d’arrêt, hâtivement annulé pour cause d’imminence des élections présidentielles en Ukraine. Le président Koutchma, après avoir poursuivi Ioulia de ses foudres, devait finir par lui faire rendre gorge en la forçant à abandonner l’entreprise qu’elle dirigeait.

Pour ne rien arranger, Pavel Lazarenko, le parrain historique de la « princesse du gaz », finira hors-course suite à une série noire judiciaire. Il a fait l’objet d’un mandat d’arrêt lancé par la justice ukrainienne en 1998 pour abus de biens sociaux, corruption, blanchiment de 880 millions de dollars puis, à partir de 2002, pour les meurtres de Vadim Getman, président de la bourse ukrainienne des devises, et de Iévguéni Chiérbane, un financier abattu au kalachnikov avec son épouse à leur descente d’avion à l’aéroport de Donetsk. Arrêté à Genève pour blanchiment d’argent, Pavel Lazarenko a pu sortir de prison moyennant une caution de trois millions de dollars, avant de fuir aux Etats-Unis où il a demandé l’asile politique, avant d’y être cependant arrêté pour plusieurs chefs d’inculpation, puis incarcéré et finalement placé en résidence surveillée.

Privée de parapluie, Ioulia Timochenko n’a eu d’autre choix que de se lancer elle-même en politique. Elle s’est désolidarisée de son mentor pour se tourner vers… Léonid Koutchma, qu’elle a soutenu lors des élections présidentielles qui ont reconduit ce dernier au pouvoir en 1999. Récompensée par le poste de présidente du Comité budgétaire du Parlement, elle a fini par obtenir en 2000 le poste de vice-premier ministre en charge de l’énergie, avant de connaître la chute que l’on sait.

En ce mois de février 2005, le vent a tourné. L’ennemi d’hier a essuyé une défaite. Mais le vainqueur du jour, Viktor Ioutchenko sait que s’il adoube la désormais « Marianne ukrainienne», celle-ci mettra aussitôt en chantier les reprivatisations promises au cours de la campagne des « oranges ». Non seulement Krivorojstal, enjeu sur lequel personne ne peut revenir, slogan électoral oblige, mais surtout Nikopol, que le groupe Privat, nouveau sponsor de la « passionaria », entend bien racheter, n’en déplaise au nouveau président et à son pilier, Petro Porochenko. Viktor Ioutchenko sait d’avance que Ioulia Timochenko aura beau jeu de mettre en avant les circonstances suspectes dans lesquelles les privatisations ont eu lieu.

En un mot comme en cent, la « bataille des reprivatisations » commence, et son premier avatar prend la forme d’une rivalité pour le poste de Premier Ministre. Si d’aventure le chef de l’Etat choisit son homme de confiance, il risque de prendre à rebrousse-poil une opinion publique qui, pour l’heure, n’a d’yeux que pour la « Marianne ukrainienne » ; s’il jette son dévolu sur cette dernière, il ouvre la porte à un bras-de-fer pour le contrôle du patrimoine ukrainien.


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MessageSujet: Re: La mécanique orange, 1ère et 2ème parties.   Lun 17 Avr 2006 - 22:18



La mécanique orange

2e partie



Le beurre et l’argent du beurre.

Mais le nouveau président est un manœuvrier d’expérience qui ne manque ni d’appétit ni d’imagination. Il trouve une solution susceptible de lui apporter la caution médiatique de la « passionaria » sans ses inconvénients. Il opte pour Timochenko, mais simultanément, il nomme le « roi du chocolat » au poste prestigieux de secrétaire du puissant Conseil National de Sécurité et de Défense, comptant sur lui pour faire contrepoids aux ardeurs du futur Premier Ministre.

Le président ayant abattu son jeu, tout va très vite. Le 24 janvier, Ioulia Timochenko est nommée Premier ministre. Le 4 février, elle reçoit l’investiture de la Rada. La saga du pouvoir orange peut commencer. Le nouveau Premier Ministre compose immédiatement un gouvernement d’équilibriste. Afin d’atténuer la puissance occulte du président déchu, elle met en avant plusieurs ténors de la Révolution orange, comme Iouri Loutsenko, l’un des grands orateurs de la place Maïdan, qui reçoit le portefeuille de l’Intérieur. Mais elle laisse tactiquement la place à des créatures de l’ancien régime comme Boris Tarasiouk, qui redevient Ministre des Affaires Etrangères, une fonction qu’il a déjà occupée de 1998 à 2000.

Son dispositif mis en place, Ioulia Timochenko ouvre les hostilités. Elle réclame la renationalisation, puis la reprivatisation de pas moins de trois mille entreprises ukrainiennes. Ce faisant, elle jette soudainement un voile d’incertitudes sur l’économie ukrainienne aux yeux des investisseurs étrangers. Le chef de l’Etat est plongé dans l’embarras, car non seulement il va devoir se battre pour protéger les investissements de ses alliés, comme il s’y attendait, mais de surcroît, il risque une désaffection des investisseurs pour l’Ukraine et, partant, un recul économique que l’opinion ukrainienne, assoiffée de développement, ne lui pardonnerait pas.

S’engage alors une épreuve de force de plusieurs mois entre Viktor Ioutchenko et son Premier Ministre, qui doit ferrailler contre le pouvoir officieux de Petro Porochenko. Le président, réticent à l’idée de jeter le trouble dans les milieux d’affaires, souhaite que la liste des entreprises « reprivatisables » soit officielle et délimitée. Ioulia Timochenko souhaite, au contraire, garder la porte ouverte à tous les arrangements. Le bras de fer se révèle sans issue. Les investisseurs n’en retiendront que la partie de poker dont le patrimoine économique ukrainien a fait l’objet. Ils se désengagent progressivement du pays et, en 2005, le taux de croissance du PIB, de la production industrielle et même de l’agriculture sont en chute libre. Le marasme économique fait l’effet d’une douche écossaise à l’opinion ukrainienne, et la popularité des « oranges » se lézarde d’autant.

Campagne électorale.

Mais la fin de l’été 2005 arrive déjà, et les protagonistes de la « bataille des reprivatisations » n’ont guère le loisir de s’apesantir sur les séquelles de la lutte : les élections législatives du printemps 2006 approchent dangereusement. Celles-ci sont cruciales. En effet, à l’époque de la campagne présidentielle de 2004, le vieux Koutchma avait placé une puissante bombe à retardement : le vote d’amendements à la constitution qui métamorphosent le régime présidentiel ukrainien en un régime parlementaire qui doit entrer en vigueur… au 1er janvier 2006. La manœuvre était empoisonnée, car elle prive Viktor Ioutchenko des prérogatives d’un pouvoir présidentiel fort, et donne plus de poids à ses adversaires de la Rada, y compris aux partisans de Koutchma eux-mêmes. Si l’on y ajoute la désaffection de l’électorat pour le pouvoir orange et la remontée spectaculaire dans les sondages du Parti des Régions du vieux renard, les élections législatives deviennent un piège mortel pour les « oranges ».

Dès lors, chaque composante du gouvernement échafaude une stratégie en vue de conjurer une possible catastrophe électorale. Ioulia passe à l’action la première. Le 4 septembre 2005, Olexandre Zintchenko, pourtant chef de l'administration présidentielle et ancien directeur de campagne de Ioutchenko, démissionne spectaculairement, dénonçant en public corruption et abus de pouvoir au sein du premier cercle de Viktor Ioutchenko. Au banc des accusés : Petro Porochenko en personne ; Olexandre Tretiakov, chef de cabinet du président et intime de Porochenko ; Mikola Martinenko, président du groupe parlementaire Notre Ukraine. L’assaut est frontal, le président est traîné dans la boue.

Si celui-ci ne reprend pas immédiatement l’initiative politique, il risque de laisser à Ioulia Timochenko le beau rôle de nettoyeuse des écuries d’Augias et, partant, de seule détentrice authentique des idéaux de la Révolution orange. Quatre jours seulement après la démission du chef de son administration, Ioutchenko contre-attaque. Il immole son bras droit, Petro Porochenko, en le démettant de ses fonctions. Simultanément, il limoge l’ensemble du gouvernement Timochenko. Ce faisant, il s’affranchit de l’arène en renvoyant dos à dos les deux camps, le sien y compris. De protagoniste, il devient arbitre.

Ce premier échange de tirs pré-électoral fait grand bruit et ramène d’un seul coup la « Révolution orange » sous les caméras du monde entier, qui font basculer la bataille sur le terrain médiatique. Le lendemain même de sa chute, la « passionaria » donne une interview sur la chaîne Inter TV – dirigée par Olexandre Zintchenko - dans laquelle elle accuse Petro Porochenko d’avoir établi un « gouvernement parallèle » pour le compte du chef de l’Etat. Elle déclare que les ministres « recevaient des ordres de Porochenko, du président, du cabinet présidentiel, de moi-même, et même des dirigeants du parti [au pouvoir]. » Autrement dit, le coupable de la gabegie - et donc de l’échec économique, c’est le président. Viktor Ioutchenko réagit en donnant à son tour une interview dans laquelle il concède habilement avoir, depuis le début de son mandat, été « régulièrement contraint d’intervenir afin d’aplanir les frictions entre différents membres du gouvernement ». L’air contrit, il confesse que « la cohésion du gouvernement n’existe plus ». Autrement dit, le chaos qu’évoque son ex-Premier Ministre était bien réel – et celle-ci est bien placée pour en parler - mais c’est lui-même qui, usant de son autorité, y a mis un terme dans l’intérêt de la nation.

Nouveau Premier Ministre, nouveaux marchandages.

Mais Timochenko reste limogée, et le chef de l’Etat doit nommer un nouveau Premier Ministre. Ce dernier aura pour tâche ingrate de « joindre les deux bouts » jusqu’aux élections législatives. Il faut au Président un homme qui fasse oublier les relents d’opportunisme et d’incurie économique. L’homme est trouvé : Iouri Iékhanourov, gouverneur de la région de Dniépropétrovsk. Dépourvu d’ambitions politiques, connu pour son esprit de technicien, il offre un contraste opportun avec les ténors qui l’ont précédé. Son profil lisse ne donne prise à aucune attaque de la part des ennemis du chef de l’Etat. Un choix parfaitement adapté à la situation.

C’est sans compter Viktor Ianoukovitch, l’homme de Koutchma, président du groupe parlementaire du Parti des Régions. La mouvance Koutchma, imperméable aux vertus de Iouri Iékhanourov, souhaite exploiter la mise aux voix nécessaire à l’investiture de ce dernier pour monnayer son soutien à Ioutchenko. Le 20 septembre, il manque trois voix au candidat du président lors de la mise aux voix à la Rada. Le chef de l’état comprend immédiatement le message, et négocie le soutien des députés du Parti des Régions avec son ancien adversaire de la Révolution orange. Finalement, Ianoukovitch n’obtient qu’un lâcher de lest de la part de Viktor Ioutchenko, en l’occurrence l’abandon d’une série d’attaques judiciaires contre des membres de son clan très soudé. Le 22, le président peut à nouveau présenter son candidat, déclarant avec pompe : « Je vous demande pour la deuxième fois en trois jours de voter pour la stabilité de l'Ukraine ». Ianoukovitvh tient parole : Iékhanourov passe haut la main.

Nouvelle Constitution.

Le 24 octobre, Krivorojstal fait l’objet d’une nouvelle procédure d'enchères. Cette fois, c’est le colosse sidérurgique Mittal Steel, fondé en 1976 par Lakshmi Mittal, richissime citoyen londonien d’origine indienne et troisième homme le plus riche du monde, qui l’emporte. Tout le monde y gagne : Viktor Ioutchenko, qui peut se targuer d’avoir fait rentrer quatre milliards de dollars dans les caisses de l’état ; et Ioulia Timochenko, qui a définitivement arraché Krivorojstal des mains de ses ennemis, et laisse le chef de l’Etat dans une position inconfortable : désormais seul au pouvoir, il devient aux yeux de l’électorat l’unique comptable de la situation économique. Il n’empêche : elle affronte un adversaire qui jouit de la caution d’un nouveau Premier Ministre dont ni la légitimité ni la rigueur ne peuvent être contestés, et lorsque la nouvelle constitution entre en vigueur le jour de l’an, le Président a sauvé les apparences.

Mais trois jours plus tard, le gouvernement ukrainien signe avec Moscou un accord sur le prix du gaz livré à l’Ukraine. Le président Vladimir Poutine a fait savoir aux autorités ukrainiennes que l’héritage soviétique du gaz livré à vil prix n’était plus d’actualité. Kiev a demandé à ce que le passage aux prix du marché s’effectue par paliers de décompression. Mais l’ancienne ristourne était si vertigineuse que le compromis obtenu revient tout de même à un quasi-doublement du prix. Il n’en fallait pas plus à Ioulia Timochenko pour sortir ses griffes. Réendossant ses habits de la Révolution orange, elle crie à la trahison des intérêts nationaux. La Rada est en ébullition. Le 10 janvier, moins d’une semaine après la signature de l’accord, l’assemblée vote la dissolution du gouvernement Iékhanourov, comme la constitution l’y autorise désormais. Dans la campagne électorale qui s’intensifie, Ioulia Timochenko vient de marquer un point : le nouveau premier ministre, qui doit diriger la campagne de la coalition Notre Ukraine, sort affaibli de ce nouveau coup de boutoir, à peine trois mois après son entrée en fonctions.

Mais à la veille de l’échéance fatidique, les manœuvres des pères de la Révolution orange sont impuissantes à cacher le cuisant échec économique, et la férocité de la campagne confirme les déchirements qui déconsidèrent le pouvoir. Dans les sondages, le Parti des Régions du vaincu de 2004 est en tête. Les deux icônes de la Révolution orange, séparées par d’irréconciliables conflits d’intérêts, n’ont pas réussi, ni même cherché à constituer un front politique susceptible de barrer la route au parti de Viktor Ianoukovitch. Dans le cadre de la constitution parlementaire héritée du président Koutchma, les élections de dimanche ne peuvent qu’offrir un retour aux affaires au parti qu’il a fondé. Si le président ukrainien et sa très médiatique rivale veulent lui disputer le pouvoir, il leur faudra soit se résoudre à une alliance sans lendemain, soit rivaliser pour obtenir les faveurs des vaincus d’hier.


Pierre-Antoine Briandet
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