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 L'Ukraine dans la stratégie du Rollback, 1ère partie.

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Fritz
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Nombre de messages : 147
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MessageSujet: L'Ukraine dans la stratégie du Rollback, 1ère partie.   Dim 26 Mar 2006 - 4:08



Rollback

1ère partie


En 1945, seules deux grandes puissances émergent des ruines de la Seconde Guerre mondiale : les Etats-Unis et l’URSS. Pendant un demi-siècle, elles vont s’affronter pour la domination du monde. Cette guerre interminable va progressivement asseoir aux Etats-Unis une stratégie globale vis-à-vis de la Russie : le Rollback, ou refoulement. A la chute du Mur, cette théorie reste d’actualité, et la pharaonique entreprise néo-conservatrice du Nouveau Siècle américain s’y appuie plus que jamais. Depuis la montée au pouvoir de George W. Bush, elle a été mécaniquement appliquée aux frontières de ce qui fut l’empire soviétique, et la Révolution orange ukrainienne est son plus grand trophée.


De la Potsdamer Platz à la place Maïdan

Berlin, 9 novembre 1989, dix heures et quart du soir : les premiers coups de boutoir qui abattront le « Mur de la Honte » retentissent dans la nuit. A l’échelle mondiale, c’est le plus grand événement depuis la chute de la ville aux mains de l’armée rouge en 1945. Quinze années plus tard, par un glacial mois de novembre 2004, une nouvelle démonstration d’effervescence éclate dans une ancienne capitale du bloc soviétique. A Kiev, en Ukraine, des milliers de manifestants prennent possession de la place Maïdan - la place de l’Indépendance - pour exprimer leur soutien au candidat de l’opposition aux élections présidentielles, Viktor Ioutchenko. C’est le signal de départ d’un bras de fer politico-électoral qui s’inscrira dans les annales des médias du XXe siècle, et à l’issue duquel Viktor Ianoukovitch, premier ministre et candidat du président sortant Léonid Koutchma, abandonnera de mauvais gré le pouvoir à son successeur.

Rollback

Aux yeux de Washington, les quinze années qui séparent la chute du Mur et celle du pouvoir de Léonid Koutchma s’inscrivent dans la continuité : celle d’une stratégie, le Rollback. Cette théorie n’est pas neuve : sortie du cerveau de John Foster Dulles, secrétaire d’Etat du président américain Dwight Eisenhower (1953-1961), elle part du constat que la position de force acquise par les Etats-Unis au cours de la Seconde Guerre mondiale leur offre un levier inestimable pour imposer leurs intérêts à l’échelle mondiale. Dans les années d’après-guerre, l’Allemagne et le Japon sont hors-jeu. La France et l’Angleterre pansent leurs plaies. Il ne reste qu’un obstacle : Josef Staline. Puisqu’il est impossible de l’anéantir, Dulles propose de le faire reculer partout où c’est possible. La théorie du Rollback, le « refoulement », est née.

A partir du président John Kennedy (1961-1963), et tout au long de l’ère du Vietnam, le Rollback connaîtra une éclipse temporaire en faveur d’une autre doctrine : celle du Containment : l’endiguement, qui consistera non à refouler l’Union Soviétique, mais à se contenter de la figer dans les limites de son influence.

Après la défaite du Vietnam, les Etats-Unis font le bilan de trente ans de guerre contre le communisme en une formule-choc : « Zero-One-One ». Zéro victoire, un match nul (la Corée), une défaite (le Vietnam). Zbigniew Brzezinski, l’influent conseiller du président Jimmy Carter (1977-1981) pour les questions de sécurité nationale, balaie le Containment et rétablit énergiquement le rollback. En 1979, lorsque l’Union soviétique passe à l’offensive en Afghanistan, les Etats-Unis y soutiennent déjà les Moudjahiddines islamistes [1]. Le successeur de Carter, Ronald Reagan (1981-1989), maintient le cap. Il s’appuie sur William Casey, directeur de la CIA et collaborateur apprécié par Brzezinski, pour soutenir d’autres mouvements anticommunistes armés. Au Cambodge, en Angola, au Nicaragua, le Rollback prend son essor.

New American Century

Viennent enfin la chute du Mur et celle de l’Union Soviétique. Pour les Etats-Unis, c’est l’heure de la consécration : ils sont les vainqueurs des guerres du XXe siècle. La Russie reste certes le plus vaste pays du monde - donc une puissance potentielle - mais elle n’est plus en état de se dresser sur la route des ambitions américaines. Au cours des années 90, les conservateurs américains les plus durs mettent au point une stratégie qui s’appuie sur ce vide géopolitique : le Project for the New American Century, « Projet pour un Nouveau Siècle Américain ». La déclaration de principes de ce document, rendu public en juin 1997 [2], est co-signée par des caciques néo-conservateurs : Jeb Bush (frère de George W.), Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz. Les grandes lignes du projet : les Etats-Unis, devenus l’unique grande puissance de l’an 2000, doivent le rester au XXIe siècle. Ils doivent donc empêcher l’émergence de toute autre grande puissance, où que ce soit dans le monde, afin d’influencer la planète entière dans le sens de leurs intérêts : « Alors que le XXe siècle touche à sa fin, les Etats-Unis se trouvent en position de plus grande puissance mondiale. Ayant mené l’Ouest à la victoire dans la Guerre froide […], les Etats-Unis sont-ils résolus à bâtir un nouveau siècle favorable à leurs principes et à leurs intérêts ? […] Notre but est de relever le défi et de rallier les soutiens à une suprématie américaine globale. »

Les rivaux ne sont pas légion : l’Union Européenne, la Russie, la Chine, l’Inde. C’est donc en Eurasie que tout va se jouer. L’année de la publication du New American Century, l’infatigable Brzezinski publie un livre, « The Grand Chessboard » (« Le grand échiquier »), dans lequel il postule : « La domination globale de l’Amérique est directement dépendante de sa prépondérance en Eurasie et de la façon dont celle-ci est maintenue. […] Il est impératif que ne puisse émerger aucun concurrent eurasien capable de dominer l’Eurasie et de défier ainsi l’Amérique ». L’Union européenne n’a qu’un poids politique théorique. La Chine de la fin des années 90 n’est pas encore le géant qui naîtra quelques années plus tard, l’Inde encore moins. Reste la Russie de Boris Eltsine, mise K.O. par l’effondrement du communisme, mais dont la position géopolitique la met aux premières loges des points stratégiques pour Washington : l’Europe de l’Est, le Moyen-Orient, la mer Caspienne et l’Asie Centrale. Au total, l’épine dans le pied du New American Century est la Russie. Il faut donc la réduire au statut de puissance moyenne dépouillée de son influence et de son empire. En un mot : Rollback.

A cette stratégie se superpose une dimension énergétique : le pétrole est la ressource la plus stratégique des économies mondiales. Les Etats-Unis en sont le premier pays consommateur au monde. Mais ce sont les flux d’approvisionnement qui comptent. Roland Laffite, collaborateur des Cahiers de l’Orient, écrit dans une analyse des intérêts stratégiques des Etats-Unis [4] : « Dans la perspective de prévenir l’émergence d’un quelconque rival à l’échelle mondiale, objectif avoué de l’administration Bush fils, et vu que les concurrents éventuels, à un horizon stratégique, sont en Europe […] et en Asie, […] le contrôle de l’aire arabo-islamique qui commande des voies de passage essentielles entre les deux zones, paraît donc décisif. » L’auteur cite Talal ibn Abd el-Aziz, demi-frère du roi d’Arabie Saoudite : « les Etats-Unis cherchent à contrôler le pétrole parce que c’est une ressource stratégique dont ont besoin des états qui peuvent à l’avenir contrer la puissance américaine. » [5]. Et il conclut : « Le premier intérêt que les Etats-Unis attachent au pétrole est d’abord dans le contrôle stratégique du robinet pétrolier, avant même celui des cours et de la puissance financière que cette richesse permet. »
Ces impératifs concernent au premier chef les confins de l’ex-empire russe. Le Congrès américain n’attend pas la montée au pouvoir de George Bush pour voter, en mars 1999, le Silk Road Act (« Loi de la Route de la Soie ») [3], qui précise : « [Attendu que] l’ancienne route de la soie, qui fut l’artère économique de l’Asie centrale et du Caucase du Sud, traversait la plus grande partie de la zone qui aujourd’hui se trouve dans les frontières de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan, de la Géorgie, du Kazakhstan, du Kirghistan, du Tadjikistan, du Turkménistan et de l’Ouzbékistan […], qu’elle est susceptible de produire assez de pétrole et de gaz pour réduire la dépendance énergétique des Etats-Unis vis-à-vis des pays instables du Golfe persique […], la politique des Etats-Unis dans ces régions devra être dans ces pays : […] d’y promouvoir l’indépendance et la souveraineté, […] d’y soutenir le développement des infrastructures […] énergétiques dans un sens est-ouest […] et d’y soutenir les intérêts économiques des Etats-Unis. »

Dans l’ancien empire russe, le Rollback ne se limite pas aux cibles du Silk Road Act. Il s‘étend jusqu’à la « Nouvelle Europe » tant vantée par Néo-conservateurs, et notamment à l’Ukraine. Le US Energy Department – Département américain de l’Energie – considère en effet que “la situation géographique de l’Ukraine en fait un couloir de transit idéal du pétrole et du gaz de la Russie et de la région de la Caspienne vers les marchés européens. » Lorsqu’en 2001, les néo-conservateurs américains accèdent au pouvoir à Washington, la politique des Etats-Unis vis-à-vis de la Russie est toute tracée, de la frontière chinoise à la « Nouvelle Europe ».


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