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 Asie : le Japon, pivot régional des USA et du dollar ?

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LeNonce



Nombre de messages : 9
Localisation : Paris
Date d'inscription : 26/09/2005

MessageSujet: Asie : le Japon, pivot régional des USA et du dollar ?   Mar 27 Sep 2005 - 19:10

Bonjour à tous,

Voici un texte traduit par mes soins sur le futur de l'Asie, où nombre d'analystes comme l'américain Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller de Jimmy Carter, considèrent qu'éclatera la prochaine guerre.

Le texte tente d'établir un lien entre dépendances politiques et économiques sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir. Tout n'est pas nickel, mais dans l'ensemble, les bases sont là.

Bonne lecture et bons commentaires,

Le Nonce

------

Le réarmement du Japon, une menace pour le dollar

The Texas Hedge Report (www.texashedge.com, lettre financière spécialisée américaine)

Le 21 septembre 2005 (publié sur www.kitco.com, courtier en métaux)

Par Todd Stein et Steven McIntyre
Traduit par le Nonce


Le 11 Septembre était un jour historique pour la politique étrangère des Etats-Unis. Nous parlons bien sûr du 11 septembre 2005, le jour où le Parti libéral démocrate du Premier ministre japonais Junichiro Koizumi a été conforté lors d'élections anticipées. Selon CNS News, le téméraire Koizumi "a organisé un scrutin anticipé deux ans avant terme après que sa tentative de privatiser la monolithique Poste japonaise - la plus importante institution financière mondiale - ait rencontré une ferme opposition". Cette victoire de Koizumi confirme le renforcement des liens du Japon avec les Etats-Unis, certains analystes estimant que la coopération militaire des deux pays n'a jamais été aussi étroite.

Le Japon s'est nettement éloigné de sa position pacifiste découlant de la Seconde guerre mondiale, les soit-disant "Forces d'auto-défense" du Japon jouant un rôle plus agressif (quoique sans provoquer personne) dans la région. Des troupes japonaises sont mêmes allé en Irak (à la demande des Etats-Unis) pour aider à reconstruction des infrastructures du pays. En outre, les militaires japonais ont travaillé avec les Etats-Unis sur des programmes allant de la défense anti-missiles au contre-terrorisme.

Jusqu'à la fin de la Guerre froide, le rôle mondial du Japon se définissait vaguement comme un allié des Etats-Unis contre l'Union soviétique. La contribution de 13 milliards de dollars pour aider au financement de la guerre du Golfe de 1991 fut certes notable, mais cette expression de la "diplomatie du chéquier" était critiquée et bien sûr, n'était assortie d'aucune troupe. Les choses n'ont réellement commencé à changer qu'en août 1998, lorsque la Corée du Nord a testé sans préavis un missile Taepo Dong (d'une portée d'environ 1000 km) au-dessus du Japon. Cela a suscité une réaction d'hébétude de la part de la communauté de la défense japonaise en proie à ce nouveau sentiment de vulnérabilité qui venait de tomber sur le Japon.

Ces dernières années, du Japon comme de l'extérieur, certains ont appelé à réviser la constitution japonaise et à transformer les Forces d'auto-défense en une armée véritable. Le premier pas dans cette direction a été accompli lorsqu'en octobre 2001, la Diète du Japon a voté une loi spéciale anti-terroriste conduisant au déploiement des bâtiments de la Marine japonaise dans l'Océan indien et la Mer d'Arabie pour fournir un soutien logistique aux forces de la coalition en Afghanistan. Ces dernières semaines, nous nous apercevons que le Japon vient de repositionner des forces significatives depuis le Nord du Japon vers l'île d'Okinawa, à l'Est de la Mer de Chine. Ce déplacement vers des eaux disputées est importante en ce qu'elle donne du crédit à ceux qui voient la Chine devenir le premier rival du Japon.



Même si le dernier conflit en date porte sur des droits de forage, nous ne pouvons ignorer que l'enjeu véritable est l'opposition sino-japonaise. Sous Koizumi, les relations sino-japonaises se sont détériorées au point que des milliers de Chinois [cornaqués par le pouvoir, NDNonce ; retenir l'utilisation du nationalisme chinois, en l'espèce] ont violemment manifesté leur hostilité au Japon en raison d'atrocités… commises soixante ans plus tôt ! De plus, le Japon s'est érigé en premier défenseur de Taiwan, que Pékin considère comme une partie intégrante de son territoire. En conséquence, la Chine a fait savoir à Tokyo de s'occuper de ses affaires.

Outre les rivalités avec la Corée du Nord et la Chine, les relations japonaises avec la Corée du Sud restent tendues. Même si la coopération nippo/sud-coréenne, encouragée par les Etats-Unis, a progressé, Séoul s'inquiète de plus en plus d'un Japon réarmé. Certes, les crimes de guerre commis par les envahisseurs japonais contre les Coréens appartiennent au passé, mais la mémoire demeure. Le Japon connaît la défiance des Sud-Coréens, et n'est donc pas pressé de voir se réunifier une Corée qui deviendrait puissance nucléaire. En effet, un Japon entouré d'une Chine et d'une Corée toutes deux dotées de l'arme nucléaire n'aurait d'autre choix que de s'en doter lui aussi.

Heureusement, les relations entre les communautés d'affaires japonaises, chinoises, taiwanaises et coréennes continuent quant à elles à se réchauffer. Si la Corée du Nord est sans doute une menace pour la région, ce sont les détroits de Taiwan qui ont le plus de chance de devenir le point de départ d'un conflit armé. Qu'il soit allumé par la déclaration d'indépendance de Taiwan ou des questions de sécurité énergétique, nos lecteurs doivent suivre avec la plus grande attention les activités navales chinoises, japonaises et américaines dans la région. Certes, l'alliance nippo-américaine a servi la région pendant nombre d'années, mais les temps changent.

Avant d'aller plus loin dans notre scénario de réarmement du Japon, examinons ce qui s'est déjà passé, selon le South Asia Analysis Group :

- le Japon remet à niveau des bases aériennes a proximité des îles Senkaku (par exemple à Shimoji Shima) [à l'extrémité Sud du chapelet d'îles d'Okinawa, tout contre la Mer Chine, NDNonce] ;
- le Japon double ses capacités de ravitaillement en vol afin de couvrir son Sud ;
- le Japon double sa flotte de transport aérien ;
- mise à niveau et extension du système d'armes AEGIS qui équipe les bâtiments de la Marine nippone ;
- augmentation de la capacité d'emport des transporteurs aériens.

La prochaine étape du réarmement du Japon sera le développement des missiles balistiques de précision à longue portée pouvant atteindre des objectifs outre-mer; ce qui inclut les sites de missiles ennemis. Au final, le Japon acquerra des capacités militaires autonomes qui ne s'inscriront pas nécessairement dans une logique de complémentarité avec les forces américaines.

Alors que l'alliance sino-américaine est aujourd'hui en bonne forme, la majorité des analystes d'Asie du Sud-Est ne pensent pas aux conséquences à long terme du réarmement du Japon. Toute l'attention de ce milieu se concentre sur l'acquisition par l'Armée de Libération du Peuple de Chine d'une dimension de classe mondiale. "Le Japon a été un partenaire utile pour maintenir la stabilité dans la région, alors pourquoi s'inquiéter de le voir acquérir des capacités offensives dans un tel contexte ?" Une telle ligne de pensée nous semble à courte vue, en raison du passé militariste du pays des samouraïs et de son histoire xénophobe. Ceci dit, le Japon possède peut-être déjà l'arme ultime permettant de mettre les Etats-Unis à genoux.

L'ARME ULTIME DE LA BoJ

La Banque du Japon (BoJ) est souvent qualifiée de "Réserve fédérale de l'Est" dans la mesure ou elle coordonne sa politique monétaire avec celle de la banque centrale américaine [= Federal Reserve Bank, NDNonce]. Ces dernières années, la BoJ a consacré des forces considérables (des milliards de milliards de yens) afin de soutenir le dollar américain sur le marché des changes. Au début 2003, le Japon a publiquement déclaré que sa banque centrale soutiendrait à bout de bras le dollar US s'il devait fortement chuter après l'invasion à venir de l'Irak. La raison communément admise pour les interventions japonaises sur le marché des changes (càd en achetant des dollars) est que le Japon est aussi une économie d'exportation, et qu'alors le yen doit rester une devise compétitive contre le dollar et les autres devises.

Une autre motivation de la BoJ repose sur le proverbe : "si tu dois 100.000$ à la banque, la banque te possède ; si tu dois 100 millions, tu possèdes la banque". Bien sûr, 100.000$ n'est rien si l'on considère que le Japon détient pour 700 milliards de dollars de la dette du Trésor américain. Au moindre hoquet de l'économie américaine, la valeur de marché de ces créances sur le Trésor souffrirait. En somme, la bonne volonté des Japonais d'accepter des bons du Trésor n'est rien d'autre qu'un programme géant de financement client !

La dernière et peut-être la moins évoquée des raisons pour laquelle la BoJ a historiquement déféré aux demandes de la Fed américaine, c'est la situation géopolitique. Comme nous l'avons dit, de la Seconde guerre mondiale à nos jours, la sécurité du Japon a été assurée à 100% par les Etats-Unis. Cet arrangement a bien fonctionné pendant un demi-siècle, mais les choses commencent à bouger. Si le Japon ne compte plus sur les Etats-Unis pour assurer sa sécurité, cela signifie que la BoJ peut ne plus ressentir le besoin de coopérer avec la Fed. Au final, le Japon réarmé se rendra compte qu'il dispose d'une arme dollar encore plus puissance que celle de la Chine (deuxième détenteur de Treasury Bonds après le Japon). Par la suite, ces deux banques centrales asiatiques vont cesser d'accumuler des T Bonds et peut-être commenceront-elles à les vendre, ce qui provoquerait un effondrement du dollar. Plus terrifiante encore pour le dollar serait l'éventuelle alliance de pays d'Asie en vue de créer une devise unique, comme l'euro.

Si tous ces scénarios ne sont que des mots, il n'en reste pas moins que le plus petit commun dénominateur de chacun d'eux est un Japon qui ne compte plus sur les Etats-Unis pour assurer sa protection. Le bilan, c'est que plus vous entendrez parler du nouveau rôle de l'armée du Japon, plus nous serons proches d'une dévaluation majeure du dollar américain.

[FIN]
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Fritz
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Date d'inscription : 24/09/2005

MessageSujet: Resserrement USA/Japon.   Ven 18 Nov 2005 - 16:53

Bonjour le Nonce,


La visite fracassante de George W. Bush au Japon s'inscrit
dans cette évolution. La rhétorique du président état-unien
a été à cette occasion une photographie des relations triangulaires
Chine-Japon-USA.

Bush n'a pas hésité à donner des leçons à Pékin en matière
de politique intérieure, allant même jusqu'à mentionner...
le problème de l'impression des exemplaires de la Bible en Chine !
Depuis "Vive le Québec libre", on n'avait jamais vu ça.
A tel point que le gouvernment chinois s'en est littéralement
étranglé, se contentant d'une réaction quasi-aphone.
Par ailleurs, le président américain n'a pas été avare en éloges
pour "son ami" le Premier ministre japonais, dont tout le
monde sait en Chine qu'il effectue avec une régularité d'horloge
des pèlerinages sur les tombes de criminels de guerre japonais
dont l'empire du Milieu garde un souvenir cuisant.

Il faut imaginer la tête que feraient les Français, les Polonais
et les Russes si chaque année, Gerhard Schröder allait prier
sur les tombes de Rainhardt Heydrich, de Joseph Goebbels
et du docteur Mengele. Le gouvernement chinois
s'est d'ailleurs fendu d'un aigre commentaire allant dans ce sens.

Lorsque Bush traite "d'ami" Koizumi, il le pense. Les deux hommes
partagent en effet de nombreux points communs, à savoir une dévotion
sans limites pour le néo-libéralisme (même la poste va être privatisée
au Japon !), un conservatisme en acier trempé et une religiosité suintante.

Enfin, Washington n'a pas fait la Guerre du Pacifique
pour des cacahuètes et ne tient pas à ce que la position
stratégique acquise par les Etats-Unis en 1945 dans le Pacifique
s'évanouisse à l'occasion de l'inexorable essor chinois : comme point d'appui de rechange,
il lui reste donc le Japon dont, justement, le pouvoir exécutif
est très perméable aux discours nationalistes et expansionnistes.





Fritz.
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